Tout est à concevoir. Il faut, dans un même temps, organiser les premiers arrivages de colis de déchets et construire les équipements du Centre. Une presse à compacter les fûts est installée. Puis c'est au tour d'une centrale à béton pour fabriquer le matériau d'enrobage des fûts compactés et produire le liant des premiers ouvrages de stockage. Les fûts de déchets sont déposés dans des tranchées en pleine terre. Cette solution, qui présente un certain nombre d'inconvénients est vite abandonnée au profit d'un stockage des colis de déchets sur des plateformes ou en tranchées bétonnées selon leur niveau de radioactivité.
Les premiers temps d'exploitation correspondent à une période de progrès continu où il a fallu analyser, corriger les erreurs et en tirer les enseignements pour rapidement apporter les améliorations nécessaires. En 1976, suite à un débordement d'une alvéole contenant des colis tritiés, le stockage de ce type de colis est modifié : ils sont désormais conditionnés dans des conteneurs spécialement conçus pour eux, les seuils d'acceptation de la concentration en tritium dans les colis sont abaissés et des contrôles sont mis en place chez les producteurs au moment du conditionnement des déchets. La grande majorité des déchets à l'origine de l'incident sont reconditionnés, entreposés avant d'être renvoyés au producteur concerné.
En 1978, 100 000 m3 sont déjà stockés sur le Centre.
La création en 1979, au sein du CEA, d'une agence dédiée à la gestion des déchets radioactifs, l'Andra, marque désormais l'importance donnée à la gestion des déchets radioactifs dans le cycle du nucléaire.
Pendant cette période, l'Andra établit les règles de gestion qui s'appliqueront dorénavant sur le Centre de stockage de la Manche : procédures pour la fabrication des colis de déchets, limites de radioactivité acceptables sur le Centre, type de conditionnement, etc. En parallèle, la normalisation des colis est mise en place et des bordereaux types permettent la saisie informatique des données et réorganisent les renseignements se trouvant sur les anciens supports. La phase industrielle est proche.
Pendant cette période, les travaux sur le site sont rationalisés et la gestion des ouvrages de stockage est améliorée en particulier avec la création des ouvrages à parois bétonnées. De 1982 à 1985, le système de collecte des eaux est aussi entièrement repensé. On distingue les eaux de pluie et les eaux d'infiltrations. Un réseau séparatif gravitaire enterré est construit et permet de récupérer les eaux d'infiltrations.
A partir de 1985, il sera nécessaire à chaque producteur d'obtenir un agrément qui respecte un aspect physique (dimensions, fûts ou caissons en tôle d'acier doux, coques ou caissons en béton armé ou fibré) et impose un descriptif précis de son contenu pour que l'Andra prenne en charge son colis. L'Andra informatise aussi l'ensemble des données concernant le suivi du colis, du contrôle chez le producteur à sa surveillance dans les ouvrages.
En 1991, la loi du 30 décembre confère à l'Andra son statut d'établissement public industriel et commercial (EPIC), indépendant des producteurs de déchets. Ses missions sont étendues et ses moyens d'action renforcés. C'est aussi l'année où commence la construction de la couverture qui protégera le stockage pendant toute la phase de décroissance de la radioactivité. Le dernier colis est reçu le 30 juin 1994. En 25 ans d'exploitation, le Centre de stockage de la Manche aura reçu 527 225 m3 de déchets radioactifs.
Entre 1991 et 1997 le stockage est recouvert d'une couverture multicouche : c'est une première mondiale. Plusieurs milliers de m3 de matériaux arrivent par camion sur le site et une membrane bitumineuse est mise en place, qui sera située entre plusieurs couches de sable et de terre. La membrane est constituée d'un film en polyester, choisi pour son élasticité et sa capacité à s'adapter aux mouvements de terrain. Ce film est trempé dans du bitume pour le rendre étanche. Les lés de membrane sont soudés les uns aux autres et contrôlés par système d'ultra-sons, ce sont ainsi 35 km de membrane qui sont déployés.
L'objectif de la couverture est d'empêcher l'eau d'atteindre les colis et d'éviter ainsi la diffusion de substances radioactives dans les eaux souterraines. La couverture doit aussi protéger le stockage contre tous mouvements de terrain, intrusions humaines, animales ou végétales. Enfin, un ensemble de réseaux (galeries, canalisations et drains) collecte les eaux de pluie et les eaux d'infiltration sur le site.
En janvier 2003, le Centre de stockage de la Manche est officiellement passé en phase de surveillance à long terme. Elle durera plusieurs siècles. Son objectif est de contrôler l'impact du Centre sur son environnement, d'identifier toute situation anormale et de mettre en place les mesures correctives nécessaires. Aujourd'hui l'impact du Centre sur son environnement reste très faible.
Le chemin parcouru : 25 ans du centre de stockage de la Manche 1969 - 1994
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