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Alimenter Cigéo en énergie : une opportunité de développement pour le territoire

Initiée en février 2019, la concertation sur les besoins énergétiques de Cigéo a franchi une étape importante le 6 juin à Echenay. Objectif de celle-ci ? Faire de l’approvisionnement énergétique de Cigéo une opportunité de développement durable pour le territoire. Quelles ressources sont disponibles localement ? Comment les mutualiser pour que le territoire en tire le plus d’avantages ? Quatre réunions ont permis aux participants (industriels, agriculteurs, élus, partenaires institutionnels) de réfléchir collectivement. Bilan de la démarche et présentation des solutions retenues.

Accueillir et préparer les colis, assurer la logistique, réaliser les travaux de construction des ouvrages souterrains, stocker les déchets dans les galeries souterraines… Au total, Cigéo aurait besoin de 16 000 megawatt.heure d’énergie thermique (chauffage et traitement de l’air) pour fonctionner. « La première solution que nous avions envisagée était le gaz depuis le réseau transport de gaz naturel de GRTGaz, rappelle Frédéric L’Honneur, chargé d’affaires pour les opérations d’aménagements hors site du projet Cigéo. Après discussions avec le territoire, nous souhaitions être plus exhaustifs et analyser les alternatives qui nous permettraient de limiter notre consommation en CO2. » Une étude d’opportunités commandée par l’Andra au bureau d’études Egis en 2018 a permis à l’Agence de pointer toutes les solutions d’approvisionnement énergétiques envisageables.

Trois sources d’énergie à privilégier

Energie solaire, biomasse, géothermie, méthanisation, récupération de chaleur… Ces différentes solutions ont été présentées durant une conférence animée par des experts du secteur de l’énergie (Egis, ADEME, Dreal). « Lors de cette première réunion, la géothermie et l’énergie solaire ont été écartées, explique Frédéric L’Honneur. Ces deux technologies exigeaient un accroissement de l’emprise au sol avec un rendement ne permettant pas de garantir l’apport thermique nécessaire à Cigéo. ». À la suite de cette conférence, deux ateliers de travail réunissant notamment les élus, les chambres d’agriculture, les agriculteurs, les acteurs forestiers et les industriels du territoire ont été l’occasion de mettre en lumière les atouts et les inconvénients des trois solutions privilégiées par le territoire : récupération de chaleur, biomasse et méthanisation. À l’issue des discussions, l’intérêt des trois sources d’approvisionnement identifiées lors de la conférence a été confirmé avec l’émergence de souhaits et opportunités tels que la récupération de chaleur liée à la production de charbon de bois par Carbo France, une entreprise implantée en local ; la création d’une chaudière biomasse centralisée pour alimenter Cigéo voire les communes alentours et la création de plusieurs unités de méthanisation.

Le choix des participants

Des quatre scenarios élaborés sur la base de ces trois sources d’énergie et des propositions des participants à la concertation, deux ont été retenus par le public. Le premier verrait la création d’une chaudière biomasse externalisée à Cigéo, pour valoriser la filière bois du territoire, associée à des chaudières gaz internalisées à Cigéo pour lisser les consommations de pointe et assurer la sûreté du fonctionnement. « Ce scenario s’appuie sur le projet de création d’une nouvelle usine de Carbo France à proximité de Cigéo (cf. interview), en récupérant la chaleur dégagée des fours et des déchets de bois impropres à la fabrication du charbon. Une solution qui permettrait également de centraliser la production de chaleur tout en limitant les transports et les émissions de CO2 », précise Frédéric L’Honneur. Le second scénario consisterait à implanter plusieurs unités de méthanisation reliées entre elles par un réseau de gaz desservant le territoire et Cigéo, « un moyen de valoriser les déchets agricoles du territoire et de développer cette filière dans la région ».

Près d’une centaine de participants ont assisté aux différentes réunions. L’Andra va maintenant initier l’élaboration des « fiches programme » avec la mission Cigéo et les acteurs du territoire autour des deux scénarios proposés. « L’objectif sera d’identifier les acteurs techniques concernés, les financeurs, les subventions, les gouvernances, les calendriers etc., qui alimenteront les fiches qui seront portées par la Préfecture et intégrées au plan de développement du territoire (PDT) », explique Frédéric L’Honneur. En perspective : cibler tous les projets à engager pour faire que Cigéo s’implante dans un contexte le plus favorable possible à son territoire d’accueil.

Infographie : les besoins en énergies de Cigéo

Le point de vue des garants

« La présentation de l’étude du cabinet Egis a permis de bien poser la problématique dès l’ouverture de la concertation. Tout le monde a pu prendre la parole et des propositions concrètes ont été faites par les participants, ce qui montre l’intérêt suscité par ce sujet. Si on peut regretter le peu de mobilisation des riverains, cette concertation a été efficace et a permis à chacun de s’exprimer et de prendre part à l’élaboration des projets. Les scénarios de développement proposés doivent continuer à être étudiés en concertation avec le public. » Jean-Daniel Vazelle

Témoignages

« Nous aimerions créer une source supplémentaire d’approvisionnement en gaz pour desservir notre territoire. »

« L’enjeu pour nous est de faire en sorte que le territoire tire des bénéfices de Cigéo. Pour sécuriser le scénario « méthanisation » sur les 100 ans que devrait durer Cigéo, nous avons donc demandé qu’une source supplémentaire d’approvisionnement desserve Cigéo ainsi que les villages, usines et entreprises du territoire. »

Laurent Philouze, maire de la commune de Ménil-sur-Saulx et président du Pays barrois

« L’arrivée de Cigéo serait une très belle opportunité pour nous »

« Nous travaillons avec le CEA sur un nouveau four de carbonisation que nous allons installer dans une nouvelle usine dans la zone Bure-Saudron entre 2020 et 2021. Nous aimerions pouvoir valoriser la chaleur qui se dégage du charbon de bois que nous produisons ainsi que nos 6 000 tonnes annuelles de déchets de bois. L’arrivée de Cigéo serait donc pour nous une très belle opportunité qui nous permettrait également de créer quelques emplois et de diversifier nos activités. Lors de la concertation il y a eu un bon échange et des idées intéressantes en sont ressorties. C’était l’occasion pour des industriels comme nous ou des particuliers de donner un avis de terrain très réaliste. Et j’ai l’impression que cela fait évoluer les choses. »

Nadège Simon, directrice de Carbo France

« Le projet Cigéo concerne au premier plan les agriculteurs »

« Nous avions déjà mené des réflexions sur les besoins des agriculteurs par rapport à la production de biogaz (par méthanisation, ndlr) qui fait partie des solutions présentées lors de la concertation. Il était donc utile que l’on y participe pour discuter des attentes des uns et des autres et voir comment bâtir un projet ensemble. C’est important d’avoir ce genre de débat afin que les gens puissent réagir, donner leur avis, représenter leurs intérêts mutuels. Cela permet d’y voir plus clair et d’avoir une discussion avec tous les acteurs concernés. Les différentes opérations qui pourraient avoir lieu avec le projet Cigéo concernent au premier plan les agriculteurs. Il faut donc que la balle reste dans le camp de ceux qui sont sur le terrain et qu’ils puissent faire des choix en connaissance de cause. »

Gilles Frene, responsable du département environnement à la chambre d’agriculture de la Meuse

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