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Conserver et transmettre la connaissance et la mémoire des centres de stockage de déchets radioactifs : un pari relevé à l’international

Comment conserver et transmettre toute la connaissance acquise sur les centres de stockage des déchets radioactifs ? Une question cruciale à laquelle plusieurs pays tentent de répondre à travers la création d’une nouvelle plateforme internationale de réflexion : IDKM.

Les centres de stockage de déchets radioactifs sont conçus pour protéger l’Homme et l’environnement sans qu’il y ait besoin d’une action humaine. Néanmoins, une fois les stockages fermés, il n’est pas question de les oublier. Bien au contraire. Tous les pays concernés par la gestion des déchets radioactifs réfléchissent à la manière dont on pourra, sur des échelles de temps allant de quelques années à plusieurs millénaires, transmettre aux générations qui nous suivront, les informations essentielles concernant les centres de stockage. Sous l’égide de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN) et en présence d’une douzaine de nationalités, la plateforme de réflexion internationale IDKM (pour Information, Data and Knowledge Management*) a tenu sa réunion de lancement du 15 au 17 janvier dernier.

L’un de ses objectifs : bâtir les solutions de conservation de la mémoire les plus résistantes à l’oubli avec un maximum d’acteurs concernés et complémentaires (opérateurs du nucléaire, exploitants d’installations de stockage, autorités de sûreté et leurs supports techniques, chercheurs universitaires, archives institutionnelles, etc.). « Conserver nos savoirs sur les centres de stockage et les transmettre aux générations futures est une question à laquelle nous sommes tous confrontés. Réfléchir en commun, mettre en pratique nos idées doit nous permettre d’être plus efficaces », explique Jean-Noël Dumont, responsable du programme Mémoire de l’Andra.

 

« Du berceau à la tombe »

Comment s’assurer que tous les savoirs – certains déjà formalisés par écrit, d’autres non, liés à l’expérience par exemple – d’une génération de professionnels puissent se transmettre à ses successeurs ? Comment maintenir à niveau les compétences sur des projets au long cours ? Autant de questions qui se révèlent particulièrement cruciales dans le domaine de la gestion des déchets radioactifs. « Notre secteur d’activité génère un volume extrêmement conséquent de connaissances qu’il faut, de plus, conserver très longtemps, poursuit Jean-Noël Dumont. Or, disposer d’archives ne suffit pas : il faut rendre la connaissance à la fois accessible et pertinente pour nos descendants. » Recensement et structuration des données liées à la sûreté des centres, transfert de la connaissance entre générations de professionnels, archivage de l’information, préservation de la mémoire : quatre groupes de travail structureront la réflexion des participants d’IDKM. « L’objectif étant de couvrir le champ des données et connaissances liées à un centre de stockage sur tout son “cycle de vie” : de sa conception jusqu’à des millénaires après sa fermeture pour le stockage des déchets les plus radioactifs en couche géologique… » « Du berceau… à la tombe », comme le résume la feuille de route de la nouvelle plateforme.

 

Transfert de connaissances

Ce n’est pas la première fois que des projets internationaux s’organisent autour de ce sujet (voir à ce propos les travaux de la plateforme RKM). « Ils ont déjà porté leurs fruits, mais certains volets de nos réflexions méritent d’être explorés davantage, comme l’éthique ou la participation. La mémoire est en effet un sujet qui concerne toute la société. Si on veut qu’il soit porté très loin, il faut qu’il soit porté très largement. »

IDKM vise donc à poursuivre et à pérenniser ces réflexions. L’Andra s’y investira à plus d’un titre. En tant que membre du bureau, mais aussi en tant qu’expert au sein de trois des quatre groupes de travail. « La France est aujourd’hui l’un des seuls pays au monde à disposer d’un programme sur la préservation et la transmission de la mémoire », souligne Jean-Noël Dumont. « IDKM invite aussi au partage d’expérience entre pays avancés et moins avancés sur ces problématiques. »

L’Agence apportera également son témoignage sur plusieurs de ses expérimentations comme sa collaboration avec le Centre national du graphisme de Chaumont, Le Signe, les travaux élaborés dans le cadre du dossier synthétique de Mémoire du Centre de stockage de la Manche et ceux des groupes de réflexion sur la mémoire composés de riverains des centres de l’Andra. « Nous souhaitons aussi partager les réflexions issues de certains travaux menés en collaboration avec des chercheurs en sciences humaines, qui portent un regard enrichissant sur nos propositions et nos grilles d’analyse. » Le rendez-vous est pris en septembre 2020 pour une première semaine de travail en commun.

 

(*) Gestion de l’information, des données et de la connaissance

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