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Communiquer avec les archéologues du futur

Comment indiquer aux générations futures la présence de Cigéo ? Pour répondre à cette question, l’Andra étudie l’archéologie du paysage avec le laboratoire Loterr de l’Université de Lorraine. Explications.

Dans le cadre de son programme « Mémoire pour les générations futures », l’Andra étudie la manière dont le projet Cigéo pourrait laisser des traces de son existence. Objectif : indiquer aux générations futures la présence d’un site de stockage de déchets radioactifs. Comment y parvenir ? « À l’Andra, plusieurs expérimentations sont menées pour identifier et définir un panel de moyens idoines pour conserver et transmettre la mémoire du site », explique Frédéric Ego, ingénieur géologue à l’Agence. Œuvres d’art, papiers et encrages permanents, sémiotique (étude des signes), linguistique (étude du langage) et désormais « archéologie du paysage » et matériaux supports pérennes. C’est dans ce cadre que Dominique Harmand, professeur de géographie et Vincent Ollive, maître de conférences et géomorphologue à l’Université de Lorraine, testent actuellement la mise en place de marqueurs, dans le but de tester ce dispositif pour le futur Cigéo.

La méthode, au travers d'une expérimentation in situ, vise à détecter et interpréter la trace de l’humain dans le paysage. «L’archéologie et l’étude des anciens sites d’occupation humaine nous permettent de comprendre qu’à une échéance plus ou moins courte (des centaines de milliers d’années), le site de stockage - notamment ses puits et sa descenderie remblayés après la fermeture du site – va être masqué par la nature et les occupations futures, explique Vincent Ollive. C’est donc le paysage qui va porter la mémoire de cette construction. Notre objectif est de faire en sorte que des sociétés futures, avec un niveau technologique au moins équivalent au nôtre, puissent détecter et interpréter correctement la nature du site. »

La céramique à l’épreuve du temps

Pour cela, Vincent Ollive et Dominique Harmand du laboratoire Loterr de l’Université de Lorraine ont réfléchi aux différentes traces qui pourraient signifier la présence du site. « Couramment, en archéologie, les sites sont découverts grâce à des pièces de monnaie, des tuiles… que l’on trouve dans les champs ou dans les forêts, précise Vincent Ollive. Nous avons donc déposé sur le site des artefacts de différentes formes : cylindres, cubes, demi-sphères…, notamment dans des teintes bleue, rose, jaune… qui tranchent avec les formes et les couleurs de la nature. De cette manière, l’archéologue du futur pourra déduire qu’il y a forcément eu une présence humaine sur ce site. »

Pour la conception de ces artefacts, la céramique (plus précisément des géopolymères) présente le plus d’avantages. Elle résiste dans les environnements les plus rudes, les vestiges de l’Histoire montrent que c’est l’un des matériaux que l’on retrouve le plus souvent et qui conserve parfois des traces d'écriture. Un atout considérable puisque la détection seule ne suffit pas. Il faut ensuite pouvoir interpréter correctement la signification de ces objets et ce qu’ils disent de la vie du site. Dans deux ans, les chercheurs reviendront sur le terrain afin d'analyser comment les artefacts se seront déplacées avec le phénomène d'érosion. Enfin, pour analyser également comment ces derniers seront détectés et compris par des individus, un groupe de personne, sans information préalable sur cette expérimentation, sera conduit sur le terrain. On observera alors s’il est interpelé par la présence des céramiques et s’il s’interroge à leur sujet.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce sujet, nous vous invitons à un voyage avec un archéologue du futur, Laurent Flutsch, qui a écrit un ouvrage passionnant sur le sujet.

 

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