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Laboratoire souterrain: retour sur neuf années de travaux et d'expérimentations

Créé en 2000, le Laboratoire souterrain de l’Andra en Meuse/ Haute-Marne est en perpétuelle évolution. Ses galeries expérimentales atteignent aujourd’hui près de deux kilomètres. Retour sur les tests menés depuis neuf ans, à 500 mètres sous terre.

Ici, ni blouses blanches, ni microscopes, comme on s’attendrait à le voir dans un laboratoire scientifique traditionnel ou une salle de chimie, mais des casques de chantier, des tunnels et beaucoup de câbles. Ce laboratoire souterrain est cependant un outil technologique et scientifique de haut niveau essentiel pour la conception de Cigéo, le projet de stockage profond des déchets les plus radioactifs.

Un démonstrateur technologique

Après avoir atteint la couche d’argile en 2004 puis étudié la géologie du site, le chantier suivant, qui s’est déroulé de 2009 à 2018, s’est concentré sur les techniques de creusement, de soutènement et de scellement, afin notamment d’évaluer leurs impacts sur la roche environnante. Plusieurs machines ont été utilisées : le briseroche hydraulique, la machine à attaque ponctuelle (sorte d’énorme fraise munie de picots) et même le tunnelier. Des techniques inédites ont également été testées, comme celle mettant en œuvre des voussoirs (arcs en béton armés qui soutiennent les galeries) à coques compressibles conçus pour amortir les forces exercées par la roche sur les soutènements. Ces études sont essentielles pour assurer la sûreté du stockage profond. Elles font l’objet de nombreuses mesures, avant, pendant et après les travaux, grâce à vingt mille capteurs répartis dans le Laboratoire.

Expérimentations en continu

Cette longue phase de travaux a aussi permis de mieux comprendre comment les différents matériaux (ceux utilisés pour les colis de déchets ou pour construire les galeries et les alvéoles qui vont les accueillir, ainsi que l’argile où elles sont creusées) interagissent entre eux sur un temps très long. Grâce à divers dispositifs expérimentaux, les vitesses de corrosion des aciers, la durabilité des bétons au contact de l’argile ont été testées. Ces nouvelles mesures confirment les qualités exceptionnelles de la couche argileuse du Callovo-Oxfordien, capable de limiter la dispersion des éléments radioactifs dans l’environnement pendant des centaines de milliers d’années. Les expérimentations se poursuivront dans le cadre d’un nouveau chantier. Il permettra d’étudier des dispositifs de plus en plus proches de la réalité industrielle du projet de stockage géologique profond tel un prototype d’alvéole pour les déchets de moyenne activité à vie longue, ou encore des essais de remblai et de scellement. 

Entretien avec le directeur du chantier, Pascal Gourgues

Eiffage a assuré le creusement des galeries sur le chantier qui s’est déroulé de 2009 à 2018. Pascal Gourgues travaille depuis une dizaine d’années dans le Laboratoire, initialement en tant que conducteur de travaux, puis comme directeur du chantier pour Eiffage. Il coordonne une quarantaine de salariés.« Ici, la question n’est pas la cadence mais l’organisation du chantier. Nous ne sommes pas entre nous, nous intervenons dans un laboratoire, entourés de scientifiques et de visiteurs. Nous devons intégrer les impératifs de chacun tout en assurant la sécurité de tous. Nous sommes très attentifs à l’aspiration des poussières. Régulièrement, nous arrêtons un creusement pour que les scientifiques et les autres prestataires puissent intervenir, parfois quelques heures, parfois plusieurs semaines. Nous devons être très précis dans la réalisation des ouvrages pour que les mesures scientifiques puissent être comparées d’une galerie à l’autre. La compréhension des besoins de l’Andra est structurante. Par exemple, pour piloter le tunnelier, nous avons préféré former des techniciens travaillant déjà ici plutôt que de faire venir des conducteurs spécialisés ne connaissant pas le Laboratoire. C’est plus compliqué, mais c’est passionnant ! »

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