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Une technicienne de l’Andra en mission scientifique à Fukushima

Couper, trier, décortiquer… Derrière ces gestes simples, se cache un savoir-faire bien particulier : le prélèvement et le traitement d’échantillons forestiers. Des procédés que maîtrise parfaitement Sophie Bernard, technicienne à l’Observatoire pérenne de l’environnement (OPE) au Centre de l'Andra en Meuse/Haute-Marne. Dans le cadre d’un projet de recherche coordonné par l’IRSN (Institut national de radioprotection et de sûreté nucléaire) – le projet AMORAD – Sophie Bernard a passé dix jours en forêt à une trentaine de kilomètres de Fukushima, en fin d’année 2018.

Sophie Bernard pendant sa mission

L’objectif du projet AMORAD : améliorer les méthodes scientifiques qui permettent d’évaluer les conséquences d’un rejet de substances radioactives dans l’environnement. Comment les éléments radioactifs sont interceptés puis incorporés dans les forêts ? Comment y circulent-ils ? Pour mieux comprendre la façon dont se dispersent les éléments radioactifs dans l’environnement, les scientifiques s’appuient sur le cas de Fukushima où des substances radioactives ont été rejetées suite à l’accident de 2011. C’est dans ce cadre que l’Andra apporte ses compétences en radioécologie (la branche de l’écologie qui étudie les interactions entre les substances radioactives et l’environnement terrestre et marin) et en prélèvement d’échantillons environnementaux, et participe, pour la quatrième année consécutive, à une campagne de prélèvements.

Avec leurs petites ramures persistantes, les cèdres du Japon étaient les seuls arbres pourvus de feuillage au moment de l’accident de Fukushima en mars 2011.

Des prélèvements… à l’arbre en poudre

Cette année, c’est Sophie Bernard, technicienne spécialisée à l’OPE, qui a accompagné l’équipe. « Une trentaine de chênes, de châtaigniers et de cèdres du Japon ont été sélectionnés sur deux sites, distants de quelques kilomètres. Les agents forestiers coupaient les arbres afin d’en extraire des disques de tronc à différentes hauteurs, représentatifs de la croissance des arbres. Je les ai aidés à mesurer, à récupérer ces disques, mais également des branches, des feuilles, des racines… explique la jeune technicienne. Il fallait ensuite décortiquer ces différents organes, tout couper en tout petits morceaux, mettre les échantillons en sachets, les identifier, puis les transporter jusqu’à l’université (de Fukushima) où ils étaient séchés. J’ai beaucoup manié le sécateur ! » Une fois réduits en poudre, ces échantillons sont envoyés en France afin d’être analysés, à Cadarache, par les scientifiques de l’IRSN. Ils vont ainsi permettre de mesurer leur teneur en Cesium 137, un élément radioactif qui a été émis dans l’atmosphère lors de l’accident de la centrale de Fukushima, et s’est déposé dans les forêts environnantes, au gré des vents et des pluies. « C’est une chance extraordinaire que de participer à un tel projet sur le terrain, apprendre des techniques de prélèvements d’échantillons environnements en situation réelle, mais aussi montrer les compétences de l’Andra dans ce domaine, ce que nous faisons à l’OPE » précise Sophie Bernard, fière de cette mission lointaine.

Mieux comprendre le comportement des éléments radioactifs dans l’environnement

« Ce travail peut paraître laborieux mais il est fondamental », insiste Yves Thiry, spécialiste en radioécologie à la direction de la Recherche et Développement et en charge du projet AMORAD à l’Andra. Car ces mesures régulières permettent de reconstituer le cycle du Césium dans les arbres, qui passe des feuilles au sol, puis retourne en partie dans le tronc via les racines pour alimenter à nouveau les feuilles, etc. Par les techniques d’échantillonnage, les variations liées aux espèces, à la masse de feuilles présentes au moment des retombées, à la taille des arbres, sont également étudiées. « Grâce aux analyses répétées, nous comprenons mieux le devenir de la contamination des forêts à long terme et nous améliorons les modèles de transfert des radioéléments dans l’environnement » résume Yves Thiry. Toutes ces mesures viennent ainsi consolider les modèles numériques que les différents laboratoires de recherche développent. Bien sûr, les équipes japonaises bénéficient elles aussi de ces analyses pour développer leur propre expertise dans la surveillance de l’environnement et sa remédiation si nécessaire.

AMORAD : fiche d’identité

Le projet international AMORAD (Amélioration des MOdèles de prévisions de la dispersion et de l’évaluation de l’impact des RADionucléides au sein de l’environnement), coordonné par l’IRSN et soutenu par l’Agence nationale de recherche (ANR) a démarré fin 2013 pour une durée de six ans. Il rassemble treize partenaires dont l’université de Tsukuba au Japon et l’Andra. Il s’intéresse à la dispersion des éléments radioactifs dans les milieux marins et terrestres afin de les représenter dans des modèles numériques de prévision. Il s'appuie pour cela sur trois zones principales de mesures : Fukushima, qui permet de comprendre les effets à court terme d’une contamination, Tchernobyl pour une vue à plus long terme, et l’Observatoire pérenne de l’environnement en Meuse/Haute-Marne pour une vision hors de toute contamination. Au sein du projet, l’Andra coordonne l’axe consacré au cycle biogéochimique des éléments radioactifs en systèmes forestiers.

Plus d'information sur le projet Amorad
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