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Démantèlement, mode d'emploi

Démanteler une installation nucléaire ne consiste pas seulement à déconstruire des bâtiments. Avant même les travaux, des opérations préparatoires sont réalisées et le chantier est minutieusement organisé. Les opérations de démantèlement se déroulent ensuite progressivement, sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).

Dès l’arrêt définitif de l’installation nucléaire, pendant la phase préparatoire au démantèlement, l’exploitant vidange les circuits et les équipements, évacue les combustibles usés lorsqu’il s’agit d’un réacteur nucléaire, ainsi que les déchets et effluents radioactifs liés au fonctionnement de l’installation. L’évacuation du combustible permet alors de retirer plus de 99 % de la radioactivité présente dans l’installation. Le site est également préparé pour les opérations à venir : organisation des accès, adaptation des réseaux de ventilation, d’eau, d’électricité… Toutes ces opérations sont réalisées dans le cadre de l’autorisation d’exploitation initiale, avec les mesures de sûreté et de sécurité requises.

Démantèlement de la centrale de Chooz-A, dans les Ardennes (08)
©Orano

Des étapes bien encadrées

Contrairement à une déconstruction classique, les bâtiments ne sont pas démolis d’emblée. Chaque élément est contrôlé, démonté et orienté vers la filière de gestion adaptée. Le dossier de démantèlement soumis par l’exploitant détaille l’ensemble des travaux envisagés, de la mise à l’arrêt définitif à l’état final visé. Le décret de démantèlement précise les principales opérations autorisées, par exemple le démontage d’équipements, l’assainissement des locaux et des sols, la destruction de structures de génie civil, le traitement, le conditionnement et l’évacuation de déchets, radioactifs ou non. Les opérations de démantèlement peuvent en effet générer d’importants volumes de déchets, dont une partie seulement est radioactive et provient de zones limitées de l’installation. Par décision, l'ASNR peut encadrer davantage le démantèlement avec des prescriptions techniques. Comme en phase d’exploitation, la sûreté d’une installation nucléaire en démantèlement fait également l’objet d’un réexamen périodique par l’ASNR, tous les dix ans. Une fois les opérations terminées et les objectifs fixés atteints, l’installation peut alors être déclassée.

DÉMANTÈLEMENT IMMÉDIAT OU DIFFÉRÉ : DEUX STRATÉGIES

L’article L. 593-25 du Code de l’environnement demande que le démantèlement d’une installation nucléaire intervienne « dans un délai aussi court que possible ». Cette stratégie française a de multiples avantages : ne pas reporter la charge du démantèlement sur les générations futures, bénéficier des connaissances et des compétences de l’exploitant, éviter des dépenses importantes de surveillance et de maintien de la sûreté. D’autres pays optent pour un démantèlement différé : les opérations sont reportées pendant plusieurs décennies (de 30 à 100 ans) après l’arrêt de l’installation. Avantages : des chantiers moins complexes grâce à la décroissance de la radioactivité, une moindre exposition des travailleurs et des dépenses étalées dans le temps. Le choix dépend de la réglementation nationale, de la stratégie de financement, de la disponibilité de techniques de démantèlement et de personnels qualifiés, ainsi que de l’existence de filières de gestion des déchets.

Le zonage des déchets des installations nucléaires

En France, les exploitants d’installations nucléaires distinguent les zones à déchets conventionnels et les zones à production possible de déchets nucléaires. Tous les déchets issus de ces dernières sont orientés vers les filières de gestion des déchets radioactifs, même lorsqu’aucune radioactivité n’est détectée. Contrairement à certains pays, la réglementation française ne prévoit pas de seuil de libération permettant de reclasser ces déchets comme conventionnels sous un certain niveau de radioactivité, avant de les orienter vers le recyclage ou des installations de stockage prévues à cet effet. Ce principe garantit une traçabilité des déchets issus des installations nucléaires. Il explique en partie les volumes relativement importants de déchets TFA issus des opérations de démantèlement.