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La Chine en route vers le stockage géologique profond

La Chine a achevé en décembre 2025 le forage de la rampe d’accès de son futur laboratoire de recherche souterrain. Une étape vers une solution de stockage géologique profond pour ses déchets de haute activité, dont elle pourrait disposer en 2050. Le point sur la stratégie de gestion des déchets radioactifs du pays.

Centrale nucléaire de Qinshan

Avec 60 réacteurs nucléaires opérationnels et 37 en construction1, la Chine figure parmi les leaders mondiaux du secteur électronucléaire. Il n'existe pas d'agence équivalente à l’Andra pour gérer l'ensemble des déchets radioactifs. Les responsabilités, selon les catégories de déchets, sont réparties entre :

  • China National Nuclear Corporation (CNNC), acteur majeur du nucléaire chinois dans son ensemble et particulièrement du cycle du combustible, principal exploitant des centrales et d'installations nationales de gestion des déchets ;
  • China General Nuclear Power Corporation (CGN), grand exploitant de centrales à l’échelle régionale, et responsable notamment d’une installation régionale de gestion de déchets ;
  • Beijing Research Institute of Uranium Geology (BRIUG ), institut de recherche spécialisé notamment dans le stockage géologique via le développement, la construction et les recherches autour du laboratoire souterrain de Beishan. 

A l'instar de la France, les producteurs (centrales, laboratoires de recherches, hôpitaux, etc.) sont responsables des déchets radioactifs qu’ils produisent. Dans son sixième rapport national sur la gestion des déchets radioactifs et du combustible usé, soumis à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en 2024, la Chine détaille sa stratégie : 

  • réduction des déchets radioactifs par le recyclage et la réutilisation ; 
  • traitement et conditionnement (avec la vitrification des déchets les plus radioactifs) ; 
  • entreposage temporaire chez les producteurs et stockage définitif dans des centres dédiés.

1Les chiffres évoluent rapidement, ils sont régulièrement mis à jour ici : https://pris.iaea.org/pris/CountryStatistics/CountryDetails.aspx?current=CN

Décroissance et libération

Conformément aux recommandations de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la Chine catégorise les déchets selon leur niveau d’activité et de leur durée de vie (ou « période »). Elle identifie ainsi :

  • les déchets à vie très courte (VTC), tels que les déchets médicaux, dont la décroissance rapide permet une gestion sur place avant libération ;
  • les déchets de très faible activité (TFA) ; 
  • les déchets de faible activité (FA) ; 
  • les déchets de moyenne activité (MA) et les déchets de haute activité (HA).

À noter que la Chine distingue les déchets de faible activité des déchets de moyenne activité, tandis que la France considère d’abord leur durée de vie, avec deux catégories distinctes : les déchets de faibles à moyenne activité à vie courte (FMA-VC) et les déchets de faible activité à vie longue (FA-VL) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL).

Autre différence notable : les déchets TFA. En France, ils sont définitivement stockés au Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage (Cires), tandis que la Chine autorise leur libération en tant que déchets conventionnels lorsque leur activité a décru après quelques années d’entreposage dans des installations dédiées.

Pour tous les déchets radioactifs, l’entreposage temporaire est assuré par les producteurs : au 31 décembre 2023, on dénombrait plus d’une centaine de sites de traitement et d’entreposage de déchets radioactifs en Chine, dont 78 chez les exploitants électronucléaires et 11 pour les réacteurs nucléaires de recherche. 31 centres provinciaux pour le traitement de déchets issus d’applications industrielles ou médicales (principalement des sources scellées) complètent le dispositif.

Stockage de surface

Pour ses déchets de faible activité, la Chine a opté pour des stockages en surface ou à faible profondeur, jusqu'à une trentaine de mètres sous le niveau du sol2. Elle dispose de quatre installations de stockage en exploitation. Opérationnel depuis novembre 2022, le site de Longhe (province de Gansu) présente une capacité d’un million de mètres cubes, et vient renforcer le Northwest Disposal Facility (Gansu), ouvert en 2011. En avril 2023 la National Nuclear Safety Administration a autorisé celui-ci à augmenter sa capacité d’accueil de 90 000 m3.
Les deux autres centres régionaux, Beilong (province de Guandong) et Feifangshan (Sichuan), complètent le dispositif. En 2023, ces quatre centres accueillaient un volume total d’environ 85 000 m3 de déchets nucléaires radioactifs de faible activité. 

Les procédés sont semblables à ceux mis en oeuvre en France et reposent sur plusieurs barrières de protection : les déchets sont conditionnés dans des colis, disposés dans des ouvrages en béton. Les espaces entre les colis sont comblés par du mortier, puis l’ensemble est recouvert d’une couche composite dont l’épaisseur varie de 2 à 5 mètres selon les sites. Pour les déchets de moyenne activité, les solutions de stockage sont toujours à l’étude.

2 En France le stockage en surface des déchets de faible et moyenne activité est assuré depuus 1992 au Centre de stockage de l'Aube (CSA)

Stockage géologique

La Chine avance également progressivement vers le stockage géologique profond des déchets de haute activité. Le 26 décembre 2025, le BRIUG annonçait la fin du forage de la rampe d’accès au futur laboratoire souterrain de Beishan. Situé dans le désert de Gobi à 560 mètres de profondeur il est creusé dans une formation de roches cristallines.
Les travaux du laboratoire chinois ont pour but d’étudier les caractéristiques géologiques et hydrogéochimiques du site et un concept de stockage associant la roche à d'autres barrières de confinement des déchets radioactifs.

 

 

©China National Nuclear Corporation (CNNC)

Beishan No.1 : un tunnelier innovant

Beishan No.1 est un tunnelier spécifiquement conçu pour réaliser la rampe d’accès au laboratoire souterrain de Beishan. L’engin de 95 mètres de long et de 7 mètres de diamètre ne s’est pas contenté de forer 8 mètres par jour, en moyenne, dans le granite : il l’a fait en minimisant les vibrations et les risques de fissure, tout en collectant en continu des informations durant l’excavation. Grâce à son rayon de braquage horizontal de 200 mètres et son rayon de courbure vertical de 380 mètres, le tunnelier a foré dans la roche dure, de juin 2022 à décembre 2025, une rampe en spirale de 8 kilomètres de long jusqu’à 560 mètres de profondeur, avec une pente de 10 %.

©China National Nuclear Corporation (CNNC)