Panorama des installations nucléaires en démantèlement en France
En 2026, la France compte 36 installations nucléaires définitivement arrêtées, dont 24 en cours de démantèlement. Répartis sur l’ensemble du territoire, ces chantiers concernent des installations très diverses, des réacteurs électronucléaires aux laboratoires de recherche, en passant par les usines du cycle du combustible. Cette carte en offre une vision d’ensemble et met en lumière quelques opérations d’envergure.
CHOOZ-A
Réacteur à eau pressurisée (REP)
Exploitant : EDF
Mise en service : 1967
Arrêt définitif : 1991
Dans les Ardennes, le premier réacteur à eau pressurisée français du site de Chooz-A sert de chantier pilote depuis plusieurs dizaines d’années.
Les solutions développées ici ouvrent la voie au démantèlement futur des réacteurs de même technologie. Le chantier est aujourd’hui dans sa dernière phase : la salle des machines, la station de pompage et les bâtiments nucléaires ont été déconstruits. Courant 2019, à la suite du démantèlement des équipements internes de la cuve du réacteur, l’opération délicate que représente l’extraction de son couvercle a été menée avec succès. En 2025, cette même cuve a été extraite du réacteur, intervention particulière du fait de ses 190 tonnes et de sa position dans un puits de béton étroit à 150 mètres sous terre. Cette étape a marqué l’évacuation de l’un des derniers principaux éléments radioactifs présents sur le site. Une fois vides, les deux cavernes (qui abritaient respectivement la piscine d’entreposage du combustible et la cuve du réacteur) seront remplies aux deux tiers de gravats. Sur les 70 000 tonnes de déchets liés au démantèlement, 40 % sont radioactifs1. Certains d’entre eux ont déjà été stockés sur les centres de l’Andra dans l’Aube.
1 La proportion de déchets radioactifs est plus importante que la moyenne pour le démantèlement des REP du fait de la configuration particulière du site.
UP2-400 LA HAGUE
Usine de recyclage du combustible usé
Exploitant : Orano
Mise en service : de 1964 à 1974
Arrêt définitif : 2004
Première usine de retraitement des combustibles nucléaires usés, elle est constituée de quatre installations situées sur le site Orano de La Hague, dans le département de la Manche. Pas moins de 800 agents travaillent au démantèlement des 2 600 alvéoles de l’usine, dont 800 hautement radioactives. En amont du démantèlement, Orano doit reprendre et conditionner les déchets radioactifs entreposés provisoirement dans des silos et des cuves. Il s’agit de boues radioactives, de liquides issus des produits de fission, ou encore de morceaux de gaines des combustibles. Une fois ces déchets évacués vers leurs filières de gestion, les installations devront être rincées afin d’éliminer les résidus radioactifs. Ensuite seulement pourront démarrer l’assainissement et le démantèlement des nombreux locaux et équipements : cellules blindées, silos, cuves, tuyauteries, boîtes à gants2, piscines d’entreposage... dans lesquels étaient manipulées des substances hautement radioactives et chimiques. Ces opérations devraient courir jusqu’en 2040.
2 Enceinte de confinement étanche équipée de gants intégrés.
BRENNILIS
Réacteur à eau lourde refroidi au CO2
Exploitants : CEA, puis EDF
Mise en service : 1967
Arrêt définitif : 1985
Située dans les monts d’Arrée, dans le Finistère, la centrale de Brennilis est dotée du seul réacteur dit modéré à eau lourde et refroidi
au gaz carbonique en France, et exige des techniques de démantèlement spécifiques. En 2025, EDF a obtenu les dernières autorisations réglementaires permettant d’engager le démantèlement complet de l’installation. Après la déconstruction des bâtiments annexes et le retrait des principaux équipements, environ 19 000 tonnes de déchets radioactifs ont déjà été orientés vers leurs filières de gestion : il s’agit, dans leur grande majorité, de déchets de très faible activité vers le Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage (Cires) de l’Andra, dans l’Aube. Le démantèlement a connu un véritable tournant en 2025 avec l’ouverture du bloc réacteur, qui contient les éléments les plus radioactifs. Les téléopérateurs poursuivent désormais le désamiantage et procèdent à la découpe et au retrait de la cuve (parcourue par 216 canaux qui contenaient les combustibles, soit près de 15 kilomètres de tuyauteries). Le chantier continuera de monter en puissance ces prochaines années. Jusqu’à 150 personnes seront mobilisées au plus fort du démantèlement, dont EDF envisage l’achèvement dans les années 2040.
USINE GEORGES BESSE (EURODIF), TRICASTIN
Usine d’enrichissement d’uranium
Exploitant : Orano
Mise en service : 1978
Arrêt définitif : 2012
Couvrant une surface totale de 190 000 m², l’usine Georges Besse, sur le site Orano du Tricastin dans la Drôme, est l’un des plus vastes chantiers de démantèlement en France. Cette usine d’enrichissement de l’uranium naturel a alimenté plus de 100 réacteurs dans le monde. La déconstruction des deux tours aéroréfrigérantes, hautes de 123 mètres, marque une étape Chantier de démantèlement de la centrale de Chooz-A, déconstruction de la caverne. majeure du chantier engagé en 2025. Mais l’essentiel du défi réside dans le démantèlement des cascades de diffuseurs (équipements et tuyauteries qui servaient à l’enrichissement de l’uranium) au vu de leurs dimensions hors normes : 1 400 étages, 160 000 tonnes d’acier et plus 1 300 kilomètres de tuyauteries ! Leur démontage et leur découpe exigent l’utilisation d’outillages spécifiques, certaines pièces dépassant 23 mètres de haut. Environ 130 000 tonnes de déchets métalliques de très faible activité seront générés par ce démantèlement. Les opérations devraient se poursuivre jusqu’en 2051, avant le démantèlement des ateliers construits spécifiquement pour ce vaste chantier.