À quoi ressemblera la médecine nucléaire de demain ?
Le développement des techniques de radiothérapie s’accompagne du recours à d’autres radionucléides que ceux utilisés jusqu’à présent, qui interrogent les pratiques existantes en matière de gestion des effluents et des résidus radioactifs.
« L’imagerie représente 90 % de l’activité des services de médecine nucléaire. La dosimétrie a fortement décru en dix ans : les machines sont de plus en plus sensibles et les doses injectées de plus en plus faibles », relève Dominique Le Guludec, cardiologue et professeur de médecine nucléaire, ancienne présidente de la Haute Autorité de santé et de l’IRSN1. Elle note, avec le développement rapide de la radiothérapie, le recours à des radionucléides différents. « On assiste à un retour des émetteurs alpha, utilisés par Marie Curie pour traiter des lésions cutanées, avec notamment des essais cliniques en cours sur l’actinium 225. Certains imaginent même utiliser des cocktails de radionucléides associant rayonnement alpha et rayonnement bêta », poursuit l’experte.
1 Depuis 2025, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a fusionné avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), et ils forment désormais l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).
Nouveaux traitements, nouvelles sources de radioactivité
Pour l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), le 6e plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) doit prendre en compte ces évolutions de la médecine nucléaire, notamment le développement de la radiothérapie interne et de l’alphathérapie. « La réflexion sur l’évolution de la gestion des déchets issus des activités médicales doit être incluse dans le débat public », plaide l’instance dans un avis du 4 mars 2025. « Les traitements par radiothérapie interne vectorisée au lutétium 177 (période radioactive d’environ 7 jours) sont de plus en plus souvent prescrits dans le traitement du cancer de la prostate. La production de ce radionucléide génère du lutétium 177 métastable en très faible concentration (entre 0,00001 % et 0,01 %, selon le mode de production), mais sa période radioactive est de 160 jours. Cette situation a conduit l’ASNR à revoir les conditions d’autorisation des services de médecine nucléaire. Les patients sont gardés au moins 6 heures dans les services, et le recueil de leurs urines permet d’éliminer, après traitement, environ 50 % du lutétium. Le restant, plus long à éliminer, se retrouve dans les eaux usées une fois les patients de retour à leur domicile », explique Émilie Jambu, directrice adjointe à la direction des rayonnements ionisants et de la santé de l’ASNR.
Les effluents radioactifs sous surveillance
Pour éviter d’exposer le personnel des stations d’épurations, les services de médecine nucléaire renseignent un outil développé par l’ASNR, appelé « CIDDRE », qui évalue l’impact des rejets d’effluents radioactifs sur les travailleurs des réseaux d’assainissement. Celui-ci doit rester inférieur à 1 mSv par an. « Les futurs médicaments radiopharmaceutiques doivent intégrer dès leur conception la question de leur devenir final », conclut Émilie Jambu.