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L’art pour construire une « culture autour du nucléaire »

Depuis plus de 25 ans, l’artiste plasticienne Cécile Massart multiplie les propositions artistiques pour transmettre, au plus grand nombre  et dans le temps, la mémoire des sites de stockage de déchets radioactifs. Elle témoigne.

Depuis 1994, vous avez entrepris un travail de recherche artistique pour rendre visible les sites de stockage de déchets radioactifs. Pourquoi ?

Cécile Massart

J’ai réalisé que peu de gens connaissaient l’existence des sites de stockage dans le monde, ou que certains éludaient le sujet, par crainte ou par opposition.

Or les déchets radioactifs sont nos déchets à tous. Nous avons le droit et le devoir de savoir ce qu’on en fait, où on les stocke et pendant combien de temps ils seront radioactifs.

Je me suis dit qu’il était nécessaire de construire une culture du nucléaire pour éclairer le public sur les enjeux dans le temps et faire qu’on puisse distinguer les stockages dans le paysage.

Œuvre de Cécile Massart.

En quoi l’art est-il un vecteur de mémoire pertinent ?

Je suis tout à fait respectueuse vis-à-vis du monde scientifique, des ingénieurs qui mettent en place les installations pour stocker les déchets de manière sécurisée. Mais peu de personnes ont conscience de ce qu’est un site de stockage de déchets radioactifs. La manière dont les artistes peuvent appréhender cette problématique de la mémoire a quelque chose de profondément humain. En face de ces technologies, il ne faut pas oublier que le riverain, lui, réfléchit à demain, à la génération qui suit. Il « habite » le territoire. Il faut donc lui donner des supports de représentation.

Mes dessins, films, livres(1) et expositions(2) explorent les possibilités de nouveaux modes de transmission de la mémoire des sites, comment vivre avec les sites dans tous les pays et partager les expériences.

Œuvre de Cécile Massart.

Vous parlez d’aménagements spécifiques dans le paysage ?

Il est possible de traduire, à la surface des sites de stockage, des formes et des lieux pour construire et transmettre leur mémoire dès aujourd’hui. Il peut s’agir de sculptures pour signaler l’existence d’une infrastructure ou de parcours pédestres et participatifs avec un travail réalisé dans le paysage. 

Sur les sites souterrains, comme celui envisagé pour le projet Cigéo, j’imagine la mise en place de « laboratoires ». Des lieux nouveaux, singuliers, mêlant chercheurs, artistes, étudiants d’universités voisines et riverains, qui contribuent durablement à la transmission de la mémoire. En construisant une culture liée au nucléaire, je crois qu’on peut permettre une projection à quelques siècles. C’est une recherche… Je ne donne pas de solutions définitives, mais je pense qu’il faut avoir une approche ouverte pour réussir à dialoguer avec le futur. Faire confiance et rester artistes, gardiens, actifs, attentifs, constructifs.

 

(1) Son dernier livre s’intitule Sarcophagi, déchets radioactifs. Elle l’a co-écrit avec Aldo Guillaume Turin (Éditions  La lettre volée, janvier 2021).

(2) L’exposition SARCOPHAGI à Bruxelles au Muséum botanique du 19/02/21 au 25/04/21
 

Pour en savoir plus : cecilemassart.com

Promouvoir la participation des artistes

L’Agence a créé en 2015, l’appel à projets Art et mémoire. Cette initiative invite les artistes de toutes les disciplines à proposer leurs idées pour contribuer à la réflexion collective sur la mémoire des stockages de déchets radioactifs. Quelque 80 projets et concepts variés et étonnants – de la musique aux arts plastiques en passant par la danse ou l’écriture – ont ainsi été présentés lors des trois éditions de 2015, 2016 et 2018. Les premier et deuxième prix sont attribués par un jury composé de salariés de l’Andra et d’experts du domaine artistique tandis qu’un jury de riverains attribue le prix du public.

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