Aller au contenu principal

L'autre visage des déchets radioactifs

Outre les trois géants du secteur électronucléaire que sont Areva, EDF et le CEA, l’Andra compte plus de 700 clients parmi lesquels les hôpitaux, les laboratoires de recherche ou l’industrie, qui utilisent les propriétés de la radioactivité dans leur activité quotidienne. Elle prend aussi en charge les déchets issus de la dépollution d’anciens sites pollués par la radioactivité et collecte gratuitement les objets radioactifs retrouvés chez les particuliers. Revue de détail de ces “petits producteurs” souvent méconnus.

Produits radioactifs médicaux.

 

 

À l’Andra, on les appelle les “petits” producteurs. Pourquoi ? Parce qu’ils sont nombreux et que la quantité de déchets qu’ils produisent est assez faible. L’Andra en récupère au total 400 m3 chaque année, répartis en deux grandes catégories : les déchets produits par des activités actuelles (laboratoires de recherche, hôpitaux, industrie), et les déchets anciens (objets radioactifs ou déchets issus de sites pollués).

Les hôpitaux et les laboratoires : des producteurs réguliers

Des sources radioactives sont utilisées en médecine, notamment en radiologie pour le diagnostic et le traitement des cancers. Les chercheurs se servent également des radioéléments pour marquer des cellules ou des molécules et suivre leur comportement.

La recherche et la médecine génèrent ainsi des déchets radioactifs qui peuvent être solides (matériels de laboratoire, gants, blouses…), liquides (solvants, liquides de scintillation) ou putrescibles (résidus d’animaux congelés). “La gestion de ces déchets dépend du temps qu’ils mettent pour perdre leur radioactivité, explique Frédéric Barbette, en charge de la collecte des déchets radioactifs à l’Andra. Ceux dont la durée de vie est très courte (moins de 100 jours) sont mis en décroissance dans un local spécifique chez les producteurs et rejoignent les filières classiques d’élimination lorsque leur radioactivité a complètement disparu. Les autres, dont la période de vie est supérieure à 100 jours, sont pris en charge par l’Andra.”

 

Les déchets industriels d’hier et d’aujourd’hui

Réveil à aiguilles luminescentes au radium.

Certains secteurs industriels génèrent eux aussi des déchets radioactifs : industrie chimique utilisant des minerais naturellement radioactifs, fabrication de molécules marquées pour la conservation des denrées périssables, stérilisation de matériel médical ou encore contrôle de soudures industrielles.

Autrefois, certaines activités industrielles utilisaient également des produits radioactifs : l’industrie horlogère, notamment, a longtemps utilisé des peintures luminescentes au radium. Ces activités aujourd’hui arrêtées ont entraîné des pollutions sur ces anciens sites industriels. Leur assainissement génère des déchets radioactifs qui se présentent alors sous la forme de terres, de gravats ou de boues conta minées dans des quantités très variables.

Collectivités et particuliers : détenteurs malgré eux d’objets radioactifs

Publicité pour les produits de beauté au radium Tho Radia.

Après la découverte de la radioactivité à la fin du XIXe siècle, il y eut un engouement pour les produits contenant des substances radioactives, dont on pensait qu’elles n’avaient qu’un effet bénéfique : produits de beauté “irradiants”, fontaines au radium, objets au radium utilisés par les médecins (compresses médicinales au radium, aiguilles radioactives, sondes de Crowe).

Aujourd’hui, on retrouve ces objets sur les brocantes ou chez les particuliers. Certains collectionneurs détiennent, sans le savoir, des objets radioactifs : minerais naturellement radioactifs, montres anciennes ou réveils dont les aiguilles et les cadrans comportent de la peinture luminescente au radium. “Nous récupérons une centaine d’objets de ce type chaque année, directement chez les particuliers, chez les pompiers ou chez des exploitants d’incinérateurs d’ordures techniques ou d’installations de récupération et de traitement de ferrailles”, précise Frédéric Barbette.

 L’Andra intervient aussi régulièrement auprès des collectivités, pour récupérer des paratonnerres radioactifs tombés des toitures ou encore dans les lycées, où l’on retrouve parfois des sels radioactifs de laboratoire utilisés il y a quelques dizaines d’années pour des travaux pratiques de physique-chimie. Pour aider particuliers et collectivités à reconnaître ces objets et les renseigner sur la façon de s’en débarrasser, l’Andra mène des campagnes d’informations régulières.

 

 

Témoignage

 "Mon grand-père paternel avait acheté une compresse au radium à l’Institut Curie dans les années vingt pour soigner un ulcère cancéreux à l’estomac. Il la portait directement sur l’estomac, sous la “taillole”, sorte de grande ceinture en toile de jute blanche, pendant 21 jours. Puis, quand ça le brûlait trop, il l’enlevait pendant 21 jours… Ça semble incroyable aujourd’hui mais cela ne l’a pas empêché de vivre jusqu’à 94 ans ! Ma mère la conservait entre deux piles de draps et refusait de s’en séparer. Nous avions même encore la facture : 20 F, une fortune à l’époque !

Dans les années soixante-dix, j’ai profité de mesures de radioactivité dans le laboratoire du CNRS où je travaillais pour la contrôler. Quand on a approché la “babyline” de la compresse, l’aiguille s’est envolée à plus de 400 micro Sievert ! Mais maman refusait toujours de se séparer de ce qu’elle considérait comme un véritable “bijou de famille”. J’ai donc récupéré des tôles de plomb au labo pour fabriquer un sarcophage, ce qui a déjà permis de réduire de moitié le rayonnement. On l’a entreposé en haut d’un vieux placard, dans le grenier à foin de la maison familiale.

Avec l’arrivée des petits-enfants, j’ai finalement réussi à convaincre ma mère qu’il valait mieux s’en débarrasser. Un collègue m’a donné les coordonnées de l’Andra. Quand le camion est reparti, elle avait les larmes aux yeux ! "

René Astier, particulier

Drôle de trouvaille au lycée de Créteil

Un flacon faiblement radioactif était entreposé dans un placard du laboratoire du lycée Édouard Branly à Créteil (94) depuis une dizaine d’années. Il a été récupéré par l’Andra en mars dernier.

À droite, Nathalie Bajata accompagnée des trois agents de laboratoire du lycée de Créteil.

 

La découverte a été faite à l’occasion d’une inspection académique fin janvier. “En faisant le tour du laboratoire, l’inspecteur Hygiène et sécurité nous a indiqué que les produits que nous avions en stock, pour certains depuis plus de vingt ans, devaient absolument être éliminés”, explique Nathalie Bajata, gestionnaire du matériel de l’établissement.

Avec l’aide d’un des agents de laboratoire, elle dresse alors une liste de produits, qu’elle envoie à l’entreprise chargée de la collecte des déchets dangereux. “Quelle a été notre surprise quand ils nous ont répondu qu’ils ne prenaient pas en charge l’acétate d’uranyl parce qu’il s’agissait d’un produit radioactif !

Mauvais aiguillage

Ne sachant pas à qui s’adresser, Nathalie Bajata est d’abord orientée vers une autre entreprise, qui la renvoie finalement vers l’Andra. “J’avais vraiment peur pour les agents de laboratoire mais la personne que j’ai eu au téléphone à l’Andra m’a rassurée en me disant que c’était très peu radioactif. Elle m’a aussi précisé que le retrait était une intervention gratuite, au titre du service public.

Ensuite, tout s’est enchaîné assez rapidement. Le produit, un petit flacon en verre marron “comme une bouteille de sirop”, a tout de suite été isolé. “Nous l’avons mis dans un seau en plastique, recouvert de chips en poly styrène, et rangé dans une pièce à laquelle personne n’avait accès”.

Quelques semaines plus tard, le transporteur de l’Andra est venu récupérer le fameux objet. “Le chauffeur est resté sur le parking et je lui ai apporté le seau. Il a effectué des mesures de radioactivité, puis il a séparé les déchets (seau, poly styrène, liquide…) dans plusieurs fûts. C’était impression nant de voir le nombre de formulaires à remplir et les précautions prises pour manipuler un si petit flacon !

 

Le saviez-vous ?

Prise en charge gratuite

Une subvention publique permet la prise en charge intégrale ou partielle de certains objets radioactifs. La gratuité est réservée, par ordre de priorité, aux particuliers, aux services de sécurité publique (pompiers, gendarmerie …), aux communes rurales et aux établissements scolaires. Dans le cas d’un stock important de plusieurs objets, le montant de l’aide est décidé au cas par cas par la Commission nationale des aides dans le domaine radioactif (CNAR).

Partager cette page