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« 100 000 ans » : un podcast en quête de temps

Qu’est-ce que le temps ? Comment l’appréhender ? C’est à ces questions épineuses que la journaliste et documentariste Anne-Cécile Genre a choisi de se frotter dans son podcast « 100 000 ans » produit par Binge Audio, en partenariat avec l’Andra. On y rencontre la petite fille de Marie Curie, une sprinteuse, un orang-outan, une horloge atomique et… de la poussière d’étoile. Un voyage vertigineux et intimiste en 6 épisodes, qui commence au Laboratoire souterrain de l’Andra… Interview.

La journaliste et documentariste Anne-Cécile Genre

Comment est né ce projet de podcast ?

Le temps est un sujet dans lequel j’avais très envie de me plonger sans jamais avoir eu l’opportunité de le faire avant. Il se trouve que l’Andra avait approché les équipes de Binge Audio pour mener à bien une réflexion autour du temps long. On m’a donc proposé de faire ce que j’avais envie de faire depuis longtemps… ça tombait bien.

 

Vous le dites en préambule, votre rapport au temps vous a toujours questionnée, pourquoi ?

Mon rapport au temps est très peu adapté à la société. C’est certainement lié à mon métier. Je suis journaliste free-lance et j’ai mon propre agenda, ce qui est souvent une source de friction avec mon entourage ! Avant d’écrire et de réaliser ce podcast, je crois que j’incarnais bien cette « accélération » du temps et de la société dont on parle beaucoup aujourd’hui, l’impression de faire mille choses à la fois, de ne jamais avoir de temps pour soi… Il fallait que j’y réfléchisse.

 

Le podcast est co-produit par l’Andra, pour autant « 100 000 ans » n’est pas un podcast sur les déchets radioactifs ?

Absolument pas. Le point de départ de ma réflexion, c’est cette durée de 100 000 ans. Elle fait référence à la durée pendant laquelle la plupart des déchets radioactifs resteront confinés dans une couche géologique d’argile à 500 mètres sous terre (le projet Cigéo, ndrl). Mais c’est presque impossible pour un cerveau humain de se projeter sur un temps si long… Pour contribuer à la réflexion sur les enjeux scientifiques et métaphysiques d’une telle durée, j’invite l’auditeur à explorer le temps sous une diversité de facettes. Cette durée de 100 000 ans est finalement un prétexte, même si le podcast débute et se conclut sur la question des déchets radioactifs.


Quelle a été votre approche ?

Tout le monde n’a pas le même rapport au temps, et je me suis dit que la meilleure façon de le comprendre, c’était d’aller chercher des gens qui par leur profession ont un rapport particulier au temps : une athlète (sprinteuse), une musicienne (batteuse), une physicienne nucléaire, une autrice de science-fiction, un expert de la métrologie, un cosmologiste, une cheffe de service en soins palliatifs, etc. Comme l’infini, le temps est une notion vertigineuse qui peut sembler effrayante, et je ne voulais pas faire peur. Je voulais trouver des moyens détournés d’en parler, et ramener aussi le temps à des choses essentielles.

 

Vous réussissez à décortiquer cette notion on ne peut plus complexe et à embarquer votre auditeur… Mais se confronter à ces questions n’a pas dû être toujours simple, aviez-vous des connaissances préalables ?

Je n’ai pas du tout de background scientifique. J’ai écrit un cheminement narratif sur la base des fragments de connaissances que j’avais et on m’a laissé une liberté totale dans le choix de mes interlocuteurs. J’ai donc privilégié les entretiens assez longs. Je voulais rendre accessibles les scientifiques, sans aller trop loin dans leurs sujets. Finalement, je me mets moi-même dans une posture d’apprenante… C’est la raison pour laquelle je suis assez présente dans le podcast : on perçoit mon propre cheminement intellectuel, ce qui – je l’espère ! – facilite la compréhension.

 

Pourquoi le « podcast » ?

Le podcast permet d’aborder des sujets très abstraits en créant des images mentales qui sont beaucoup plus parlantes que des images filmées. Le podcast est aussi le média de l’intime : il permet de se retrouver soi-même, d’explorer ses pensées et son fonctionnement. Écouter, c’est aussi ressentir les choses beaucoup plus intensément.

 

Que souhaitiez-vous transmettre à vos auditeurs ?

Le temps et toutes les notions scientifiques qu’on peut y associer, comme le big bang, les atomes, la radioactivité, etc., peuvent nous sembler très loin de nous. On se dit qu’on ne les comprendra jamais et qu’il y a de toute façon des gens dont c’est le métier. Pourtant, ces notions nous concernent tous. D’ailleurs, j’ai pu le vérifier avec ce podcast, le temps est une notion qui parle et qui passionne tout le monde… Nous sommes tous de la poussière d’étoile et il ne devrait pas y avoir que les astrophysiciens à le savoir !

 

Sans dévoiler la conclusion – très émouvante – du podcast, comment percevez-vous le temps après cette « traversée » ?

L’avenir me fait toujours aussi peur ! Mais j’ai apaisé mon rapport au temps au jour le jour. Personne ne peut se projeter sur 100 000 ans, et sur ce point, je ne me sens pas beaucoup plus rassurée. En revanche, avoir décortiqué la mécanique du temps m’aide à envisager le passé avec plus de calme et de sérénité. J’ai moins peur du temps qui passe, des heures qui s’écoulent. Appréhender cette complexité du temps ajoute de l’épaisseur au monde, mais aussi une incroyable cohérence. C’est très beau de le comprendre.

 

Découvrir le podcast 100 000 ans
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