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Développement durable et RSE : quels enjeux pour la gestion des déchets radioactifs ?

Avec l’urgence climatique monte une réelle prise de conscience des organisations sur leur rôle dans la lutte contre le réchauffement. Toute entreprise, toute institution, doit à la fois apprendre à mesurer et à réduire son impact sur son écosystème, sur les populations, sur la biodiversité et sur les ressources naturelles, mais également à questionner son modèle économique et sa raison sociale : c’est le principe de la responsabilité sociale des entreprises (RSE). 

À l’occasion d’une visite du Laboratoire souterrain de l’Andra, organisée pour les membres du C3D, le Collège des Directeurs du Développement Durable, composée de directeurs RSE et développement durable d’entreprises de tous secteurs, nous avons interviewé Christophe Delfeld, directeur RSE de GRT Gaz, principal opérateur de réseau de transport de gaz en France, engagé dans la transition énergétique. Zoom sur la gestion des déchets radioactifs face aux enjeux du développement durable avec le regard d’un professionnel du domaine. 

Vous avez visité le Laboratoire souterrain de l’Andra il y a quelques mois, qu’avez-vous pensé de votre visite ?

Christophe Delfeld, directeur RSE de GRT Gaz

J’avais des a priori avant mon arrivée sur le site du Laboratoire souterrain, à Bure. J’avais pour tout vous dire une vision erronée de la gestion des déchets radioactifs, c’était pour moi la principale épine dans le pied du nucléaire, sans solution sérieuse. D’autant que j’avais le sentiment qu’il s’agissait d’une industrie très secrète et peu transparente. J’ai ainsi été positivement surpris quand j’ai réalisé qu’au contraire, l’Andra met beaucoup d’efforts dans le développement d’une communication particulièrement transparente et pédagogique. 

Quels éléments ont attiré votre attention lors de cette visite en tant que directeur RSE d’une entreprise dans le secteur de l’énergie ? 

J’ai été impressionné par l’ampleur des moyens mis en œuvre pour sécuriser cette solution future de stockage géologique des déchets les plus radioactifs : des années et des années de recherche sur la roche dans laquelle sera implanté le stockage, ainsi qu’une démarche technique et scientifique qui m’a semblé particulièrement rigoureuse.

La relation au temps m’a également beaucoup marquée. Avec l’impératif court-termiste des activités économiques de manière générale, la RSE vise à remettre du long terme dans la gestion des impacts des activités, mais on ne s’attend pas à découvrir une gestion à aussi long terme. À l’Andra on travaille sur un temps incroyablement long, jusqu'au siècle prochain pour l’exploitation du stockage géologique, et même sur un temps quasi géologique, 100 000 ans, pour limiter les impacts environnementaux.

Le projet Cigéo s'inscrit-il dans les finalités de la RSE selon vous ?

Retrouvez la liste des objectifs de développement durable auxquels l’Andra contribue dans le contrat d’objectifs et de performance 2022-2026 entre l’État et l’Andra (cliquez sur l'image).

Pour répondre à cela il faut selon moi reprendre la finalité de la RSE. La responsabilité sociale des entreprises est centrée autour de la notion d’impact : l’impact sur la planète, sur la population et sur l’économie. Il est question d’agir pour limiter ces impacts, voire en générer des positifs. On peut dire que l’essence de la RSE repose sur une interrogation centrale : « Comment l’entreprise ou l’activité intègre des préoccupations sociales, sociétales et environnementales, sur le long terme, dans la stratégie comme dans les activités au quotidien ? ». 

Pour agir dans ce domaine et guider leurs actions, les entreprises s’appuient sur des référentiels, dont un des plus connus est la grille des 17 objectifs universels, fixés par les Nations Unies : les objectifs de développement durable (ODD). 

En s’appuyant sur cette approche de la RSE, j’estime que l’activité de l’Andra a une finalité qui s’inscrit dans le développement durable pour plusieurs raisons. Si l’on regarde le cycle de vie du nucléaire dans sa globalité, l’Andra se focalise sur l’extrémité aval, sur la gestion des déchets radioactifs, dont la finalité même est de réduire l’impact négatif de ces déchets au présent et pour les générations futures. 

L’Agence contribue également à mon sens à de grands enjeux RSE liés à l’environnement, à la gestion des ressources naturelles, à l’impact des sites sur la biodiversité. Dans ce contexte, elle tend par exemple à contribuer à l’ODD 9 intitulé « Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l'innovation », ou encore à l’ODD 15 intitulé : « Préserver et restaurer les écosystèmes terrestres », en prenant en compte les enjeux environnementaux et sanitaires dans la gestion des déchets radioactifs et en maitrisant ses impacts. Plus largement, elle tend aussi à contribuer à l’ODD 17 intitulé « Partenariats pour la réalisation des objectifs » puisqu’elle cherche à s’associer, à travailler avec des logiques coopératives, d’association de parties prenantes, le tout avec beaucoup de transparence. 

La séquence ERC (Éviter - Réduire - Compenser) s’inscrit aussi dans une démarche de développement durable pour les porteurs de projets, comme l’Andra avec Cigéo. Quel regard portez-vous sur cette séquence ?

La séquence « éviter, réduire, compenser » (ERC) a pour objectif et dans l’ordre d’éviter d’abord au maximum les atteintes à l’environnement, de réduire ensuite celles qui n’ont pas pu être évitées et, en dernier recours, de compenser les effets notables qui n’ont pu être évités ou suffisamment réduits. Cette séquence concerne surtout les nouveaux ouvrages, un sujet effectivement clé dans le cadre de Cigéo, tout comme pour une entreprise comme GRTgaz à l’occasion de la construction de nouveaux ouvrages.

Il s’agit de se demander comment intégrer l’environnement le plus en amont possible dans la conduite du projet. Ce n’est de toute façon pas une option, c’est essentiel aussi pour l’acceptabilité de ce projet, sans oublier les attentes, les régulations et la complexité croissante en la matière. C’est devenu avec le temps une véritable expertise.

Comme l’Andra le fait dans son étude d’impact du projet Cigéo, il est important de prendre en compte dans sa complétude l’impact environnemental de la structure ou du projet. Il s’agit également de faire de cette séquence un des critères de performance, de les inscrire dans le suivi de la performance du projet. Enfin, cet ensemble implique évidemment d’associer des associations environnementales et autres parties prenantes locales, de construire un dialogue transparent avec ces parties prenantes, d’être à l’écoute et si possible d’intégrer leurs attentes chaque fois que possible.

Est-ce qu’il existe des analogies entre l’Andra et GRTgaz sur les thématiques de développement durable ou des bonnes pratiques à partager ?

En tant qu’acteur responsable du secteur de l’énergie, GRTgaz partage les mêmes types d'objectifs de développement durable que l’Andra. Doté historiquement d’une finalité technique centrée sur la sécurité et la continuité d’approvisionnement en gaz, nous avons aujourd'hui des enjeux existentiels de transformation écologique de notre modèle industriel face aux enjeux climatiques, en accompagnant le développement des gaz renouvelables (biométhane, power-to-gas, etc.) et de l'hydrogène bas-carbone. C’est tout le sens de notre nouvelle raison d’être adoptée dans les statuts de l’entreprise, qui vient compléter l’objet social historique par des finalités environnementales et sociales liées aux ODD, notamment de contribution à la lutte contre le changement climatique, mais aussi l’accès à l’énergie, dans des conditions économiques abordables et de sécurité globale. 

La sécurité constitue d’ailleurs un point de convergence pour l’Andra et GRTgaz. J’ai pu remarquer une grande attention portée sur la sécurité industrielle et la santé des travailleurs, car il s’agit d’exploiter des ouvrages qui peuvent comporter des risques industriels, pour l’environnement, et qu’il convient de maîtriser. 

Nous pouvons nous inspirer de l’Andra dans sa relation aux parties prenantes, dans sa volonté et la maturité de son dialogue sociétal, dans son ouverture, car l’Agence déploie une véritable culture de transparence avec ses publics. De son côté, l’Andra pourrait s’inspirer du site internet de GRTgaz qui dépasse les aspects techniques pour mettre au cœur de son positionnement la nouvelle raison d’être de GRTgaz, le développement durable au service de la stratégie d’entreprise, la préoccupation environnementale et le souci des générations futures. Toute organisation gagne à mettre en avant sa raison d’être qui nourrit ses finalités.

 

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