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Rencontre avec le gardien des carottes

Savez-vous que le Centre de l’Andra en Meuse/Haute-Marne héberge plus de 65 000 carottes ? Pourtant, l’Andra ne s’est pas lancé dans l’agriculture intensive des légumes… Ce que l’on appelle « carottes », ce sont tous les échantillons de roche prélevés à l’intérieur et autour du Laboratoire souterrain. Claude Aurière, responsable de la carothèque, veille sur un patrimoine scientifique exceptionnel depuis plus de quinze ans. Rencontre.

Quand Claude Aurière prend la direction de la carothèque en 2004, il doit relever un sacré défi : répertorier 25 000 échantillons géologiques de façon à ce que chacun puisse s’y retrouver. « Je ne connaissais rien aux cailloux, mais j’ai mis toute l’organisation à plat. En un an, tout était en ordre. » Il faut dire que le nouveau responsable réunit des compétences particulièrement bien adaptées pour cette mission originale. Un bac scientifique, un BTS Travaux, des missions de commandement en tant qu’officier, des années dans le génie militaire, des compétences en topographie, en radar… Bref, un mouton à cinq pattes, curieux de tout, aussi à l’aise dans l’organisation que dans la mise au point de solutions rapides et originales.

Qu’ils soient en poste à l’Andra ou travaillant dans divers laboratoires, les experts en sciences de la terre sont nombreux à faire appel à la carothèque pour mener leurs analyses. Comprendre la roche et son comportement est en effet la condition sine qua non à la conception du projet de centre de stockage géologique de déchets radioactifs, Cigéo. Et des carottes, il y en a de plus en plus. À ce jour, ce sont près de 12 000 boîtes qui sont stockées sur de grands rayonnages, sur différents sites.

 

Une carothèque bien vivante

À la carothèque, chacun est accueilli avec un café, une façon de faire connaissance et de bien comprendre les demandes. Car ici, c’est un peu la caverne d’Ali Baba. « J’ai beaucoup de matériel utile pour l’analyse géologique : des binoculaires, des diamétreurs, des appareils à rayon gamma pour analyser la composition de la roche, des polisseurs… »

Si Claude Aurière travaille aujourd’hui avec Fugro, une entreprise prestataire qui assure l’analyse géologique et le conditionnement des carottes géologiques, il doit cependant vérifier chaque nouvel arrivage. « Je passe beaucoup de temps devant l’ordinateur pour gérer la base de données des échantillons, vérifier que les informations fournies par le sous-traitant sont cohérentes. Il faut également manipuler les caisses de carottes, les étiqueter, les ranger, établir les bordereaux de sortie, etc. » Le métier peut s’avérer très physique car les carottes pèsent jusqu’à 40 kg. « Rassurez vous, je ne me casse pas le dos, nous avons des chariots élévateurs », s’amuse-t-il.

Parfois, ses compétences de bricoleur sont bien utiles. « J’aime bien détourner les objets du quotidien. Pour sa thèse sur les calcaires de l’Est du Bassin parisien, un jeune chercheur accueilli à l’Andra m’a fait descendre 200 boîtes. Il devait faire des analyses et avait besoin de faire des prélèvements sur les carottes. Je lui ai fabriqué une table spéciale en associant une petite carotteuse, comme celle utilisée dans nos maisons pour faire passer des tuyaux, et un étau pour bloquer la carotte. » Claude Aurière aime travailler avec ingénieurs et chercheurs, pour qui les échantillons sont essentiels. « J’apprécie d’apporter ma pierre à l’édifice dans l’étude d’un sujet aussi complexe et important que le stockage géologique profond des déchets radioactifs », conclut le gardien des carottes.

 

 

Carottes en stock

Il y a aujourd’hui 65 000 échantillons solides et 15 000 échantillons de fluides dans la base de données de la carothèque, qui répertorie tout ce qui a été prélevé dans et autour du site de Meuse/Haute-Marne mais également lors des campagnes de forages menées dans le sous-sol français pour y rechercher des terrains favorables au stockage de déchets radioactifs. Comme certains de ces échantillons ont été détruits ou sont prêtés pour analyse, il en reste physiquement 40 000 sous forme solide ainsi que 800 sous forme liquide dans une chambre froide.

Avec des diamètres allant de 51 mm à 296 mm, les carottes géologiques d’un mètre de long pèsent de 5 à 180 kg. Mais la plupart font entre 79 et 101 mm de diamètre. Elles sont stockées dans des boîtes de 2 mètres de long, qui pèsent entre 25 et 40 kg, elles-mêmes rangées sur des étagères, sur plusieurs étages. Au total, la carothèque contient aujourd’hui 12 000 boîtes de carottes.

Claude Aurière, responsable de la carothèque... En vidéo

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