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Nouveau nucléaire français : quels impacts sur la gestion des déchets radioactifs ?

Début 2023 s’est clôturé le débat public portant sur l’implantation de deux nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR2 à Penly. Il s’agit de la première paire d’une série de six réacteurs qui, s’ils sont autorisés, devraient voir le jour d’ici 2044. La décision de lancer ces projets s’est accompagnée en amont d’un rapport(1) du gouvernement qui analyse les conditions du déploiement de ce nouveau parc nucléaire, incluant les conséquences sur la gestion des déchets radioactifs. Explications. 

(1) Intitulé « Travaux relatifs au nouveau nucléaire », le rapport est consultable sur en ligne.
Cliquez ICI pour une analyse plus détaillée

Les déchets générés par les six nouveaux réacteurs en projet de type EPR2 ont des caractéristiques similaires à ceux déjà produits par le parc de centrales nucléaires actuellement en fonctionnement en France. Il s’agit en majorité de déchets de très faible activité (TFA) et de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC),  produits notamment lors d’opérations de maintenance ou lors de leur exploitation courante, mais également de déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) et de haute activité (HA) issus du retraitement des combustibles usés.

L’autorisation d’expédier des colis de déchets radioactifs vers un centre de stockage devra avoir été validée par l’Andra au moment du décret de mise en service de chaque nouveau réacteur.

 

Déchets FMA-VC

Depuis 1992, c’est au Centre de stockage de l’Aube (CSA) que sont pris en charge par l’Andra les déchets FMA-VC.

  • Capacité de stockage autorisée du CSA : 1 000 000 m3
  • Taux de remplissage à fin 2022 : 37,1 %. Selon les estimations actuelles, uniquement basée sur les volumes produits par les installations nucléaires déjà autorisées, le CSA devrait atteindre sa capacité maximale autorisée à l’horizon 2060
  • Evaluation du volume de déchets FMA-VC supplémentaires : 98 400 m
  • Impact des 6 EPR2 sur les capacités de stockage : les volumes supplémentaires et les prévisions de livraison des colis de déchets avanceraient de quelques mois l’atteinte de la capacité maximale autorisée du CSA

 

Stockage des déchets FMA-VC au CSA

Déchets TFA

Depuis 2003, c’est au Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage (Cires) que sont pris en charge par l’Andra les déchets TFA.

  • Capacité de stockage autorisée du Cires : 650 000 m3
  • Taux de remplissage à fin 2022 : 69,4 %. Selon les estimations actuelles, uniquement basée sur les volumes produits par les installations nucléaires déjà autorisées, le Cires devrait atteindre sa capacité maximale autorisée à l’horizon 2045, sous réserve que l’Andra obtienne l’autorisation d’augmentation de capacité (projet Acaci), en cours d’instruction
  • Evaluation du volume de déchets TFA supplémentaires : 120 000 m3 
  • Impact des 6 EPR2 sur les capacités de stockage : 80 % des déchets TFA seront issus du démantèlement des réacteurs et ne sont donc pas attendus avant l'arrêt définitif de ces derniers, à l'horizon des années 2100. Les volumes de déchets TFA issus de leur exploitation pourraient être pris en charge par le Cires jusqu’environ 2045, puis par le futur centre de stockage TFA, qui devra prendre sa relève et dont la nécessité est déjà inscrite dans le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR)

 

Stockage des déchets TFA au Cires

Déchets MA-VL et HA

Si le projet de Centre de stockage géologique, Cigéo, est autorisé, il pourra prendre en charge les déchets MA-VL (à l’horizon 2035) et HA (à l’horizon 2080).

Par ailleurs, si la création des six nouveaux réacteurs est autorisée, des études complémentaires devront être menées pour conforter l’évaluation préliminaire de l’Andra. Leur prise en charge par Cigéo nécessitera également de respecter les processus réglementaires et démocratiques préalables à l’autorisation de stockage.

  • Inventaire de référence de Cigéo : 73 000 m3 de déchets MA-VL et 10 000 m3 de déchets HA
  • Evaluation du volume de déchets MA-VL et HA supplémentaires : les volumes varient sensiblement de quelques milliers de m3 selon la stratégie de retraitement des combustibles nucléaires usés (arrêt du retraitement, stratégie de mono ou de multi-recyclage) : pour les déchets MA-VL, les volumes varient entre 2 574 m3 et 3 951 m3 ; pour les déchets HA, les volumes varient entre 0 m3 et 1 872 m3
  • Impact des 6 EPR2 sur les capacités de stockage : à ce stade, il n’y a aucun élément technique rédhibitoire à leur prise en charge dans Cigéo. Les volumes supplémentaires conduiraient à un allongement de la durée de vie de l’installation et à une augmentation de l’espace de stockage, mais sans remettre en cause sa faisabilité, ni sa sûreté en exploitation et à long terme

 

Vue 3D du projet Cigéo (zone de stockage des déchets HA en vert et des déchets MA-VL en jaune)

Lire l’étude complète de l’Andra

Quid des projets de petits réacteurs nucléaires innovants ?

Le développement de réacteurs nucléaires modulaires de petits tailles, dits SMR ou AMR, est en plein essor. Ce développement s’inscrit notamment dans le cadre de l’appel à projet France 2030 sur les « Réacteurs nucléaires innovants », avec l’ambition de créer un nouvel écosystème de start-ups nucléaires pour répondre au besoin de décarboner l’industrie. Ces réacteurs sont de taille et de puissance plus faibles que celles des réacteurs actuellement en activité. Ils font appel à différentes technologies et ne sont pas tous au même stade de développement.

Comme toute installation nucléaire, les SMR et AMR produiront des déchets radioactifs qui devront faire l’objet d’autorisations pour être stockés dans les installations de l’Andra. Leur développement n’est pas suffisamment avancé à ce stade pour présenter les typologies et volumes de déchets produits. Néanmoins, l’Agence regarde ce sujet de près, afin notamment d’accompagner les porteurs de projet à fournir les données qui seront nécessaires pour permettre l’identification des filières de gestion des déchets produits par leurs installations (caractéristiques, volume des déchets). Si ces échanges permettront aux futurs producteurs de déchets de mettre en place la caractérisation de leurs déchets, ils ne préjugent pas de l’acceptabilité des déchets par les centres de l’Andra.